La démocratie plus directe ? Même pas peur ! Retour sur la conférence de Matthieu Niango

Samedi 9 février, Poitiers Collectif a poursuivi sa réflexion sur la vie démocratique et la participation citoyenne en invitant le philosophe Matthieu Niango à échanger avec les Poitevin.e.s à la Maison du Peuple.

 

Co-fondateur du mouvement A Nous La Démocratie !, Matthieu Niango a présenté son livre La démocratie sans maîtres (Robert Laffont, 2017), manifeste pour la renaissance d’une démocratie « réelle » par laquelle nous déciderions tous ensemble de notre destin commun en rétablissant un partage clair des pouvoirs entre les citoyens et l’Etat. Le peuple étant souverain, et les gouvernants, de simples mandataires. Conseiller dans différents cabinets ministériels de 2012 à 2015, Matthieu Niango a fait l’expérience du décalage entre d’une part, l’idée démocratique et le principe d’égalité politique qui voudrait une large participation citoyenne au processus décisionnel, et d’autre part, la réalité de la pratique du pouvoir réservée à un tout petit nombre de personnes socialement homogène. Le philosophe en a retiré une profonde conviction : de nos jours, la démocratie est affaire d’élite ; une élite qui s’incarne dans les politiques professionnels, , qui ne rendent pas ou très peu de comptes aux citoyens.

Occupy Wall Street aux Etats-Unis, Podemos en Espagne, ou encore Nuit Debout en France, les faits montrent que la décision politique « par le bas » et la démocratie participative correspondent à des attentes importantes. Plus récemment, les revendications des « Gilets Jaunes », exprimant une volonté de souveraineté populaire, proposent des changements institutionnels (tels que le Référendum d’Initiative Citoyenne) destinés à renforcer le contrôle citoyen sur les élu.e.s. Comment expliquer alors que ces idées ne s’imposent pas ?

Pour Matthieu Niango, c’est avant tout une question de mythologie politique. Agissant sous l’effet d’impulsions et d’émotions, le « peuple » n’aurait ni la qualité ni les capacités pour se gouverner lui-même, il lui faudrait nécessairement des « experts ». Les mythes du « gouvernement des plus sages » et des « plus compétents » s’articulent à une autre croyance enracinée depuis la Révolution française, celle du « chaos conjuré » : face à une humanité par nature incontrôlable, le seul moyen d’éviter le risque d’une guerre civile permanente résiderait dans le strict maintien d’un ordre social. Ces représentations de l’autorité politique, fondées en grande partie sur la construction de l’image d’un peuple irrationnel, incorrigible et dangereux, nous empêchent d’imaginer collectivement d’autres alternatives au gouvernement représentatif. Elles permettent aussi d’interpréter le sentiment de peur et les résistances des dominant.e.s face aux aspirations actuelles de démocratie horizontale.

Alors que la révolte des « Gilets Jaunes » pose des questions cruciales aux institutions représentatives, et qu’aux quatre coins du territoire national on parle désormais de démocratie directe/participative où chacun pourrait décider en conscience et au plus près de son lieu de vie, l’intervention de Matthieu Niango a été suivie d’échanges riches et constructifs avec les habitant.e.s de Poitiers et des communes alentours. Nous avons pu envisager collectivement les réformes institutionnelles nécessaires à un approfondissement démocratique, certain.e.s ayant exprimé leurs doutes, voire leurs craintes, vis-à-vis du RIC. Plus largement, le débat a soulevé la question fondamentale du lien entre démocratie, justice sociale et urgence écologique, au cœur des préoccupations de Poitiers Collectif.

Et comme toujours, c’est autour d’un moment convivial que se sont prolongés les échanges !

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