[Tribune] Encourager un développement économique local par et pour les poitevin.e.s

Signataires candidat.e.s : Léonore Moncond’huy (tête de liste Poitiers Collectif, cheffe de projet dans la coopération internationale), Maryse Delaunay (responsable de structures pour l’Emploi et la Jeunesse), Bastien Bernela (enseignant-chercheur en Economie à l’Université de Poitiers), Alexandra Duval (Animatrice territoriale dans un réseau régional de l’ESS), Aloïs Gaborit (co-fondateur d’une start-up de l’EdTech et localisé à Cobalt, tiers-lieux numérique), Julie Reynard (Entrepreneure-salariée dans une Coopérative d’Activité et d’Emploi et ex co-gérante du Plan B), Christian Michot (Directeur d’une Association d’Insertion et de Solidarité)

Signataires personnalités locales : Olivier Bouba-Olga, Alain Bouchon, Aurélie Brossard, Benoit-Karim Chauvin, Thibaut Cuénoud, Jean-François Hérault, France Joubert, Louise Ollier, Guillaume Pulyk, James Renaud

NB : Les candidat.e.s qui portent cette tribune et les signataires le font en leur nom propre et n’engagent pas les structures dans lesquelles ils/elles travaillent ou militent.

1. Une vision authentique du développement économique, fondée sur la valorisation des ressources locales : de l’attractivité à l’ancrage

Notre vision du développement économique est claire et très différente de celle devenue dominante dans les villes, et qui mise sur l’attractivité avant tout. Les politiques territoriales sont de plus en plus tournées vers l’attraction de ressources, de talents, de richesses extérieures, et en oublieraient presque la préservation d’une économie endogène forte et durable. Vouloir jouer des coudes avec Bordeaux, Nantes, La Rochelle, etc. est une perte de temps, d’argent et d’énergie : nous n’avons pas les mêmes atouts, alors valorisons les nôtres. Miser sur un développement économique local par et pour les poitevin.e.s, cela ne constitue en aucun cas un repli sur soi, c’est le nouveau paradigme sur lequel doit se fonder l’attractivité du territoire. Pour accroître ou maintenir la prospérité sur un territoire, attirer des richesses extérieures ne suffit pas, il faut être capable de garder ces richesses et de les faire circuler. Il existe aujourd’hui un véritable besoin de ré-enracinement de l’économie via les circuits courts, les énergies nouvelles, la monnaie locale, la valorisation des déchets, les tiers-lieux, la revitalisation des « cœurs de ville » et des quartiers… Sortir de la compétition, c’est également construire des coopérations : soutenons les réseaux économiques et associatifs à Poitiers et leur ancrage dans la Région Nouvelle-Aquitaine, en leur dédiant des espaces (lieux de réunion, systèmes de visioconférence performants), pour faciliter les collaborations entre acteurs et sites régionaux. Nous le revendiquons fermement à l’occasion de cette tribune : le service de développement économique de Grand Poitiers ne doit pas être une agence de marketing territorial, mais doit être au service de celles et ceux qui font vivre, au quotidien, l’activité économique et les solidarités.

2. Changer la posture de l’élu.e pour mobiliser les acteurs autour d’une stratégie territoriale partagée : « Faire avec » & « Faire confiance »

Le volontarisme politique sur les questions économiques doit passer par la définition d’une vision collective partagée. Les nombreux acteurs avec qui Poitiers et Grand Poitiers sont amenés à travailler (entreprises, associations, Université, réseaux consulaires, autres collectivités, etc.) ont, il faut bien le reconnaître, des motivations et des agendas qui leur sont propres. Ce ne sont pas les schémas locaux et directeurs « froids » – qui informent plus qu’ils n’impliquent – qui sont en capacité d’engager à ce jour un véritable dialogue social territorial. Il est de notre responsabilité de penser et conduire un développement économique transversal, qui donne un sens économique aux compétences communautaires (habitat, urbanisme, mobilités, enseignement supérieur, etc.). S’engager dans des démarches d’écologie industrielle territoriale ou de structuration de filières locales (alimentaires par exemple) implique plus que jamais de renforcer les instances de concertation et de se mettre en position de facilitation, aux côtés des collectifs d’acteurs. Notre territoire est riche d’initiatives et de ressources, et il suffit parfois, en bon chef d’orchestre, de les mettre en relation pour créer des solutions opérationnelles. Ne pas penser et « faire à la place de », mais « faire avec », pour redonner confiance.

Nous sommes intimement convaincu.e.s que les bonnes idées viennent de celles et ceux qui font, qui sont sur le terrain et nous souhaitons être à l’écoute de cette expertise. De nombreuses actions sont mises en œuvre sur notre territoire, des hommes et des femmes entrepreneurs s’engagent et créent de la valeur, des artisans et commerçants répondent aux besoins et services du quotidien. Il est primordial de célébrer les actions du quotidien, et de soutenir modestement et discrètement ce qui se passe ici et là, en ne réservant pas la communication politique aux grands projets. Les discours grandiloquents à l’heure de couper les rubans ou de recevoir les labels effritent la confiance des acteurs de terrain envers l’élu, et doivent laisser place à une facilitation bienveillante des projets, chemin faisant. C’est pourquoi nous souhaitons accompagner avec enthousiasme chaque porteur d’initiative locale et chaque entrepreneur, en mettant en place un guichet unique pour faciliter leurs interactions avec la collectivité. « Faire confiance », c’est aussi sortir d’une relation de dépendance entre celui qui finance et celui qui bénéficie de l’aide publique : la collectivité n’est pas propriétaire des lieux et des actions des structures qu’elle finance. Il est urgent d’envisager des financements pluriannuels des structures pour leur offrir de la visibilité, leur donner de l’oxygène, afin qu’elles puissent se recentrer sereinement sur leur cœur d’activité.

La collectivité doit devenir un partenaire d’expérimentation et codévelopper des solutions innovantes pour relever les défis écologiques et sociaux qui nous attendent. Nous ne croyons pas en la capacité des élu.e.s à résoudre seul.e.s les problèmes : nous pouvons animer, impulser, créer du lien, investir mais nous avons besoin des acteurs économiques pour réussir. Nous aurons à cœur de développer une culture de l’innovation et de l’expérimentation : le dispositif Territoires Zéro Chômeurs de Longue Durée est un très bon exemple de la capacité à apporter, à travers la coopération d’acteurs locaux, une réponse à des difficultés économiques et sociales, mais aussi à identifier des gisements d’emplois au service des habitant.e.s. Oser, c’est aussi s’autoriser d’échouer : le droit à l’échec fait partie du changement de posture que nous revendiquons.

3. Pour une politique économique de soutien à l’emploi solidaire, à l’entrepreneuriat et au service public

Il est impossible de dissocier la question du développement économique local de celle des politiques d’emploi. Pour nous, dynamiser l’économie en la mettant au service de la transition écologique, c’est garantir la création d’emplois durables, solidaires et non-délocalisables. Les activités productives et industrielles traditionnelles ont longtemps été considérées comme les principales pourvoyeuses d’emplois sur les territoires : soumises à une concurrence accrue, elles méritent une vision stratégique qui permette de les réorienter vers la transition écologique et sociale, plus que nécessaire. Le développement des entreprises passe aujourd’hui par la prise en compte des défis environnementaux, sociaux et de services, et la collectivité doit accompagner ces changements.

La collectivité peut maîtriser en partie, à travers la définition de marchés publics, la cible qui prendra en charge les activités qu’elle génère. Nous souhaitons engager une politique volontariste de fléchage de ces activités vers les Structures d’Insertion par l’Activité Economique : en introduisant les consignes de verre, les couches lavables dans les établissements d’accueil petite enfance, en végétalisant la ville (cours d’écoles, jardins urbains, etc.), nous créerons de l’emploi non-délocalisable. L’IAE est un formidable levier pour concilier développement économique, transition écologique et justice sociale : dans une économie qui précarise, préférons les modèles qui sécurisent.

Le développement économique local, c’est aussi la vitalité de nos commerces. En développant les zones d’activités en périphérie, les collectivités ont refoulé le tissu économique en dehors des centres-villes et des quartiers. Il faut rompre avec ce modèle historique de parcs et zones d’activités, lutter contre l’artificialisation des terres, travailler à la requalification des friches industrielles et commerciales, et favoriser l’implantation d’activité économique dans les quartiers. Poitiers a besoin d’une politique de soutien à l’immobilier d’entreprise, et un levier possible est la mise à disposition de locaux vacants, en particulier dans les quartiers hors centre-ville, pour les projets de création et de reprise d’activité (économique, commerciale, associative…) des habitant.e.s. Dans un contexte où les difficultés rencontrées dans les quartiers sont souvent au carrefour de plusieurs problématiques (les personnes sans emploi ou en emploi précaire sont souvent moins mobiles, renoncent plus fréquemment aux soins, etc.), le champ économique et de l’emploi est un levier décisif pour une meilleure inclusion de tou.te.s.

N’opposons pas les mondes et les cultures, sortons des cases ! Les effets de silos construits par l’organisation des équipes et services municipaux et communautaires découragent bien trop souvent les acteurs. Décloisonnons pour donner du sens, encourageons pour mobiliser. Chaque habitant.e qui souhaite développer une activité, créer des emplois, et valoriser les ressources de notre territoire sera soutenu.e.

Parce que l’emploi public (éducation, santé, social) est une force de notre territoire, nous portons un plaidoyer fort pour le maintien des services publics d’envergure régionale et nationale à Poitiers : c’est un enjeu pour la reconnaissance de notre territoire, son développement, ses emplois et notamment les plus qualifiés.