C’est au cœur de l’été que nous apprenons, par voie de presse, la décision de fermeture du parc animalier des Bois de Saint Pierre.
La première nouvelle est pourtant claire : l’enquête administrative ouverte à la suite des signalements de l’association PAZ n’a retenu aucune intention de maltraitance ni aucune négligence de la part de la collectivité. C’est un soulagement et une confirmation : la bientraitance animale a été de manière constante, au cours des dernières années, une préoccupation prioritaire de la précédente municipalité et de l’administration.
Dès lors, une question demeure : pourquoi fermer le parc ?
Rien, dans l’enquête, n’est de nature à imposer une décision aussi rapide. Anthony Brottier choisit pourtant, une nouvelle fois, de présenter la fermeture comme en étant la conséquence inévitable, plutôt que d’assumer pleinement un choix politique.
Cette fermeture est un choix exigeant. Nous connaissons l’exigence de l’association PAZ, que nous soutenons dans son plaidoyer. Mais l’exigence de la municipalité nous interroge.
Pour qui se préoccupe réellement de bientraitance animale, fermer un parc animalier, ce n’est pas juste déplacer les animaux, loin des regards des poitevins, comme on viderait un bâtiment. Aucun de ces animaux ne peut a priori être libéré en milieu naturel. Pour une fermeture bénéfique aux animaux, il faut donc garantir à chacun d’entre eux des conditions de captivité meilleures que le cadre familier dans lequel il a grandi, vieilli, le Bois de St Pierre.
Ainsi, dans les années passées, certains animaux ont pu être déplacés vers du mieux (ara, animaux en éco pâturage…), d’autres départs engagés comme le lynx, les loups, ont été suspendus pour prioriser les animaux victimes de la guerre en Ukraine. Mais certains animaux – âgés, fragiles, ou vivant en groupes constitués, comme certains oiseaux, les flamants du Chili, les petits singes capucins – étaient impossibles à déplacer sans menacer leur vie, ou dégrader leurs conditions de captivité.
Au-delà de l’effet d’annonce, quelles garanties ont réellement été obtenues pour offrir, “en quelques mois”, des conditions de captivité meilleures pour chacun des animaux du parc du Bois de Saint Pierre ? Nous demandons que la Ville rende publiques les solutions retenues pour chaque animal, et s’engage à un suivi transparent de la mise en œuvre de cette décision, au regard de l’exigence de mieux-être animal.
Par aileurs, au-delà d’accompagner la fermeture de leur cadre de travail, quelles perspectives ont été données aux agentes et aux agents (qui sont bien plus que les deux évoqués dans l’article de la NR-CP), dont le métier est difficilement transposable à d’autres sphères du service public municipal ?
Cette décision soulève également des interrogations majeures sur l’avenir du site. Bien sûr, le parc nécessite des investissements. Mais rappelons que :
- Sans attendre une réhabilitation globale, des études éthologiques avaient été conduites en 2023 pour améliorer à court terme les conditions de captivité – études qui avaient suscité des railleries sur les bancs de l’opposition ! L’ensemble des personnels (qui sont bien plus que les 2 titulaires indiqués dans l’article) ont été formés.
- 150k€ ont déjà été investis en 2025 pour des améliorations des conditions de captivité des animaux.
- Et une programmation de près de 10M€ avait été votée jusqu’en 2030, pour le Bois de St Pierre dans son ensemble, dont plus de la moitié reste à investir, pour la réhabilitation des bâtiments de l’accueil de loisirs, la réhabilitation globale du poney club, et la réfection progressive du parc animalier.
La fermeture du parc permet de réduire cet investissement. Mais quelle est désormais l’ambition de la municipalité pour ce site ? Va t-elle aussi renoncer à rénover le poney-club – qui pose également des questions de bientraitance animale – voire le centre de loisirs, pour réduire les coûts, les investissements ?
Plus largement, cette décision entraîne la disparition de toute une offre pédagogique sur le rapport entre l’enfant et l’animal, les “soins aux animaux” même domestiques de type cochons d’Inde, par exemple – et sans aucune prévenance pour les enfants qui se faisaient une joie d’en profiter cet été 2026 dans leurs séjours.
“C’est une nouvelle annonce sans alternative qui vient s’attaquer au temps de loisir, une offre publique gratuite qui disparaît alors que partout les tarifs augmentent, une offre d’éducation nature au plein air et au frais purement et simplement supprimée” Sylvain Robin, Conseiller municipal.
Ne nous y trompons pas : cette annonce, probablement sans garantie aucune sur le devenir effectif de la majorité des animaux, traduit une logique essentiellement budgétaire, là où serait attendue une vision de long terme : quelle est la vision de M. Brottier en matière d’éducation nature, d’éducation au plein air, d’éducation à la protection du vivant ? De politique socio-éducative ?
Des alternatives étaient possibles :
- Poursuivre la transformation de ce parc en sanctuaire pour accueillir des animaux saisis qu’il est impossible de relâcher dans leur milieu,
- Développer la partie pédagogique, autour d’animaux domestiques uniquement.
“Les animaux sont partie intégrante du vivant avec lequel nous devons (ré)apprendre à vivre en harmonie. Si la prise en compte du bien-être animal doit être significativement renforcée dans toutes les politiques publiques en France, comme à Poitiers, nous considérons que maintenir un lien avec l’animal, en particulier dans les zones les plus urbanisées, est une condition essentielle pour entretenir une sensibilité écologique. Ainsi, nous souhaitons que les animaux aient une place dans notre ville, au cœur de nos vies, tant la biodiversité sauvage que les animaux domestiques.
Nous prendrons en compte le bien-être et la bientraitance animale dans toutes nos politiques publiques.
Nous maintiendrons des propositions pédagogiques autour des animaux, tout en préservant le bien-être animal. Pour cela, nous poursuivrons l’amélioration des conditions de vie des animaux du parc animalier du Bois de Saint Pierre, ainsi que l’évolution de notre modèle de parc animalier ; nous redonnerons une place aux animaux dans les jardins et espaces publics, dans une visée pédagogique d’éducation au lien avec l’animal”
Programme Poitiers Collectif 2026