Discours de Léonore Moncond’huy – Pour une ville qui protège

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Discours de Léonore Moncond’huy – Pour une ville qui protège

On s’est rarement fâchés, dans cette majo, pendant ce mandat… Sauf quelques fois, quand face aux contraintes financières, il fallait arbitrer entre davantage de soutien pour notre pilier « Justice sociale », et davantage de soutien pour notre politique « Transition écologique ».

Si notre bilan démontre que les deux ont progressé, il est surtout essentiel de ne pas se fâcher pour ça, parce-qu’il n’y a pas de sens à opposer les deux…

Aujourd’hui, les urgences sociales sont partout. Les résurgences populistes et autoritaires aussi. Evidemment, cela pourrait absorber toutes nos préoccupations, toute notre énergie. 

Mais pendant ce temps-là, les bouleversements écologiques avancent, eux aussi. Et j’irais même plus loin : plus la situation climatique s’aggrave et devient concrète, plus les démocraties, l’état de droit, et la justice sociale seront fragilisées.

  • La barre des 1,5° de réchauffement climatique, qui était la base des Accords de Paris, est dépassée, peut-être même celle des 2°C, avec des conséquences que l’on connaît mais ne maîtrise pas, 
  • La biodiversité s’effondre, les pollinisateurs disparaissent, les reculs environnementaux se multiplient.

Hiérarchiser les urgences, se dire qu’on pourra agir plus tard, c’est prendre le risque d’agir trop tard. Et le « trop tard », ce sont toujours les plus fragiles qui en paient le prix fort…. Ceux qui ont le moins contribué au problème par ailleurs.

A l’échelle mondiale, c’est clair : les pays, les personnes, les plus responsables du changement climatique sont aussi les plus riches – et sont aussi celles qui n’en feront pas les frais en premier. A crise globale, mobilisation globale, et donc s’attaquer sérieusement au changement climatique et aux réponses structurelles à construire, c’est fondamentalement s’attaquer aux inégalités de richesse, de niveau de vie, et au système capitaliste et ultra-libéral qui les entretient.

De l’échelle globale à l’échelle locale, il n’y a qu’un pas. Dans le quotidien des gens, dans nos villes, ici à Poitiers, on sait combien les premières victimes d’un environnement dégradé, celles et ceux qui ont le moins de moyens de s’en protéger, ce sont aussi les personnes les plus précaires. 

Celles et ceux pour qui la fin du mois est difficile, ce sont aussi celles et ceux :

  • Qui souffrent le plus de bâtiments dégradés, mal isolés, qui ont trop froid l’hiver, qui ont trop chaud l’été, dont les enfants peuvent souffrir de problèmes respiratoires ;
  • Qui n’ont pas les moyens d’avoir accès à une alimentation de qualité ;
  • Qui n’ont pas accès à un jardin personnel pour leurs enfants, pour se rafraîchir l’été, pour faire l’expérience de cette nature capricieuse mais aussi source de bien être physique et mental considérable ;

Refuser la mise en concurrence des urgences, des peurs, des combats à mener.

Ainsi, nous refusons d’opposer les urgences. Parce-que ça n’a pas de sens ! Agir contre les pollutions, agir contre les environnements de vie dégradés, c’est défendre les droits des plus précaires.

A l’inverse, ceux qui ont tout intérêt à opposer écologie et justice sociale, ce sont les promoteurs des reculs écologiques, au nom de mesures dites « impopulaires » ; ceux qui n’ont aucun intérêt au progrès social collectif ; ceux qui veulent faire croire que la responsabilité est à rechercher au niveau individuel avant tout.

« Fermez votre robinet en vous brossant les dents » et « Traverse la rue et trouve un emploi », c’est la même logique : individualiser les responsabilités, culpabiliser les personnes, éviter de remettre en question les causes structurelles.

Et dans le fond, opposer les urgences ça revient aussi à opposer les gens. Les écolos des villes contre les habitants des zones péri-urbaines et rurales. Les bobos des centre villes contre les habitants des quartiers populaires.

A Poitiers Collectif, nous croyons en les transitions collectives, et nous portons un cap clair : une écologie populaire, qui aborde de front l’urgence écologique, et l’urgence d’agir pour la justice sociale.

L’écologie populaire, pour moi, ça parle autant d’un projet politique que de la manière dont on le porte, d’une culture politique. Notre manière de faire de la politique, c’est de partir du point de vue des gens, de faire avec les gens, en particulier celles et ceux qui sont exclus des espaces politiques classiques.

Notre écologie, elle ne vise pas à imposer les normes symboliques d’une classe sur une autre. Une personne végétarienne, qui roule en vélo, mais qui s’autorise plusieurs voyages en avion par an a un impact bien supérieur à ce que peut absorber la planète, et évidemment un impact bien supérieur à celui des classes populaires qui subissent des conditions de vie précaires. C’est un équilibre vers lequel il faut tendre : permettre la progression sociale des uns et le rééquilibrage écologique pour tous.

Non, notre écologie, elle ne juge pas, elle n’impose pas, elle n’est pas dans l’injonction mais elle agit en faisant un chemin avec chaque personne, ses pratiques, ses moyens, sa culture.

Et surtout : une écologie qui vise à faire du commun.

Porter toutes les voix

Le 22 janvier dernier, nous vous présentions notre équipe de candidates et candidats, demain votre future équipe municipale.

Une équipe dont nous sommes très fiers, qui est à l’image de la diversité de Poitiers, de ses quartiers, ses âges, ses métiers, des situations familiales et sociales.

Demain, cette équipe, parce-qu’elle ressemble à Poitiers, elle portera la voix de toutes les habitantes, et tous les habitants.

Nous porterons la voix des jeunes parents inquiets pour l’avenir de leurs enfants.

La voix des jeunes qui, dès leur stage de 3e, se heurtent aux discriminations, à l’inégalité entre ceux dont les parents ont du réseau, et ceux qui n’en ont pas.

La voix de celles et ceux qui veulent une orientation choisie, un emploi digne.

La voix des étudiantes et étudiants, de plus en plus nombreux à connaître la faim.

Nous porterons la voix des personnes âgées – cette voix qui, parfois, n’a qu’une occasion par jour, par semaine, une occasion par mois, d’échanger avec un autre humain. Ce mandat encore, agir contre la solitude des aînés sera notre priorité.

Nous porterons la voix des femmes, des personnes discriminées, la voix de toutes celles et ceux qui ont besoin de trouver, en la Ville de Poitiers, une écoute, un repère, un porte-voix, un refuge.

Et oui, nous l’assumons, nous porterons aussi la voix de celles et ceux qui ont pu tomber dans une économie illégale, mais qui prouvent, par leur parcours courageux, qu’on peut s’en sortir et choisir un autre chemin, et que d’autres réussites sont possibles.

Nous porterons la voix des agentes et agents qui tiennent à bras le corps le service public, dans notre collectivité, dans les hôpitaux, dans l’éducation nationale, dans la justice.

Nous porterons la voix de celles et ceux qui travaillent dur, et en particulier celles et ceux que l’on voit le moins. Les personnels du soin, les femmes de ménage au Futuroscope, les livreurs Uber, des « métiers essentiels » si souvent invisibilisés. 

Et oui, nous l’assumons : les centres d’appels font partie de ces métiers essentiels. Notre proposition d’implanter des centres d’appels dans les quartiers populaires a fait réagir. Dire, pour résumer certaines paroles entendues, « ce ne sont pas des emplois de qualité », donc « cachez ces métiers que l’on ne saurait voir », en quoi ça améliore les conditions de travail, les droits, de celles et ceux qui y travaillent ? Ces emplois existent parce-qu’ils correspondent à un besoin de notre société – et lorsque l’on appelle le service après vente d’un pare-brise, on est bien content de trouver un service de qualité, basé en France, tel que le proposent les entreprises basées axu Futuroscope. Alors, nous assumons : travailler près de chez soi, c’est mieux pour la qualité de vie au quotidien. Pour les jeunes, avec peu de formation et pas d’emploi, il vaut mieux un emploi de ce type, où l’on peut facilement entrer et où l’on peut progresser, que rien du tout. Et je rappelle surtout que cette proposition, elle vient directement des quartiers, et que rien que pour ça, elle mérite le respect !

Ces voix, nous les écouterons, ces voix nous les porterons… et nous défendrons leurs droits !

Défendre tous les droits

La santé est un droit fondamental : comme nous avons soutenu le Centre de santé des 3 Cités, comme nous nous sommes engagés pour la Maison de Santé des Couronneries, nous garantirons la présence d’une offre de soins de proximité dans chaque quartier, à Saint Eloi, à Bellejouanne.

Et nous irons plus loin : nous défendrons le droit à naître en bonne santé, le droit à connaître 1000 premiers jours qui ne mettront pas en danger notre santé pour le reste de notre vie. Avec le programme « 1000 jours – Bien manger, bien naître », nous proposerons aux femmes, aux parents, de pouvoir se prémunir des dangers des perturbateurs endocriniens, aux côtés du CHU, mais aussi de bénéficier d’alternatives de qualité : des paniers bio, des petits pots bio pour leur bébé.

C’est aussi un déterminant de santé : nous renforcerons le droit de chaque personne d’accéder aux ressources essentielles : l’alimentation, on vient d’en parler pour la petite enfance, mais l’eau est la première de nos ressources essentielles. Le coût de l’eau, pour boire, pour se laver, ne devrait jamais être une préoccupation. Si le prix de l’eau à Grand Poitiers reste aujourd’hui modéré, nous pouvons aller plus loin. Nous créerons une tarification sociale de l’eau, qui permettra à chaque personne de bénéficier gratuitement des premiers m3 essentiels à la vie, avec des paliers progressifs ensuite.

Ça fait aussi partie des ressources essentielles, et c’est aussi essentiel pour la santé mentale, pour que les enfants grandissent en bonne santé, et très concrètement pour la fraîcheur en été : nous défendrons le droit d’accéder à un espace de nature à proximité de chez soi, plus d’arbres plantés, plus de parcs ouverts, des cours jardin dans les écoles…

Nous défendrons le droit à l’emploi, pour toutes et tous. 

Avec TZCLD, nous avons fait la preuve, déjà près de 150 fois la preuve, que les retours à l’emploi que l’on pensait impossibles sont possibles… Nous continuerons ! 

Avec les job dating de l’emploi public dans les quartiers, lancés depuis 2023, nous avons démontré que les jeunes ne manquaient pas d’envie de travailler, et que c’est aussi l’emploi, et en particulier l’emploi public, qui devait d’avantage s’ouvrir et venir à eux. Pour encourager l’insertion dès le plus jeune âge, nous bâtirons une garantie « pas de jeune sans stage ».

Et parce-que le travail ne suffit pas, à lui seul, à faire la richesse d’une vie, n’en déplaise à certainEs,

Nous défendrons, comme nous l’avons défendu depuis 5 ans, le droit à une éducation de qualité, et donc le droit de ne pas arriver à l’école le ventre vide en poursuivant les petits déjeuners offerts dans les quartiers populaires ; le droit de rentrer dans un vrai chez soi après l’école, y-compris pour des enfants dont le premier malheur est d’être nés dans une famille considérée comme « sans papier » en France.

Et parce-qu’il n’y a pas non plus que l’école dans la vie, nous poursuivrons nos engagements pour le droit à la culture, le droit aux loisirs, le droit au temps libre, le droit aux vacances. Vacances pour toutes et tous, c’est la première politique publique que nous avons lancée, c’est la politique la plus populaire de notre mandat je pense… nous continuerons ! Après des vacances pour tous les enfants, des vacances pour tous les aînés, nous proposerons des vacances pour les parents solos et les aidants, en forme de séjours de répit.

Nous agirons pour le droit à un logement digne, le droit à vivre dans une habitation saine, auprès des bailleurs sociaux, mais pas uniquement. Nous lutterons contre les poches d’insalubrité, au Pont Neuf, à la Gare, rue de la Cueille mirebalaise. Nous agirons, avec le CROUS, pour la rénovation et le développement de logements étudiants de qualité.

Et pour aller vers celles et ceux qui sont le plus éloignés des droits, après avoir soutenu la création d’un accueil de jour associatif puis du premier accueil de jour professionnel du CCAS, nous conforterons le Relais Charbonnier dans ses missions, et nous renforcerons l’équipe de rue du CCAS.

Protéger et étendre les services publics

N’oublions pas que le meilleur levier pour tendre vers cette égalité de droits et de considération entre chaque citoyenne, chaque citoyen : ce sont nos services publics.

Nous préserverons, nous défendrons les services publics, et l’accès effectif de chacune et chacun à ses droits publics.

Nous garantirons, pour les services publics municipaux, le droit d’avoir accès à un service public où c’est un sourire, et pas une machine, qui nous accueille, qui nous écoute, qui nous accompagne.

Nous défendrons le droit d’avoir une poste, un commissariat, avec des modalités d’accueil adaptées, à proximité de chez soi.

Mais nous irons plus loin : protéger est essentiel, à l’heure où les coupes budgétaires et les attaques contre la notion même de service public se multiplient – ce qui ne veut pas dire figer nos services publics pour autant – mais surtout protéger et adapter ne suffit pas toujours lorsque les besoins sociaux et écologiques explosent. Pour répondre aux besoins nouveaux, pour agir là où, hier, il n’y avait pas besoin d’intervenir, nous étendrons le champ du service public ou plus largement de l’action publique. Quelques exemples le démontrent : là où nous n’intervenions pas hier pour la santé, nous interviendrons ; nous étendrons le champ du service public à l’alimentation de la toute petite enfance, et nous porterons une attention renforcée aux parents solo, avec un statut reconnu, des tarifs adaptés.

Un engagement collectif

Nous porterons toutes les voix.

Nous défendrons tous les droits.

Et nous ne serons pas seulement l’équipe des gens qui vont bien,

Nous serons l’équipe de celles et ceux qui veulent prendre l’avenir à bras le corps, 

Qui veulent agir plutôt que subir,

Qui croient en la force de la coopération. 

Je voudrais terminer là-dessus.

Le changement climatique est là, qu’on le veuille ou non.

Le rôle des Maires, demain, face aux bouleversements climatiques, c’est de tout faire pour réduire l’impact négatif de nos villes sur l’environnement. Mais c’est aussi, surtout, d’adapter nos villes, et de protéger nos habitants, et surtout les plus fragiles, des impacts de ces bouleversements.

On parle souvent de l’adaptation comme d’un défi technique. 

Mais le premier facteur de résilience d’une société, ce n’est pas la technologie.

C’est la solidarité. C’est l’entraide. C’est la force des liens entre les gens. C’est ce dont parle par exemple Pablo Servigne : les sociétés les plus fortes face aux bouleversements profonds, ce sont les sociétés les plus coopératives.

Voilà notre conviction : 

En renforçant la cohésion sociale,

En soutenant les solidarités citoyennes et associatives,

En cultivant la convivialité, 

Nous préparons Poitiers aux défis de demain.

C’est aussi ça, une écologie populaire. Une écologie du lien. Une écologie chaleureuse. Une écologie de la convivialité.

Merci pour votre attention !