Les coulisses du rassemblement

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Les coulisses du rassemblement

Commençons par l’essentiel : après de longues heures d’échanges, de discussions et de négociations, l’union entre Poitiers Collectif et Poitiers en Commun a été actée mardi dans la journée, la nouvelle liste déposée en préfecture juste avant 18h et nous avons désormais trois jours pour faire campagne ensemble jusqu’à la victoire dimanche. 

Un seul objectif : garder la Ville à gauche et poursuivre l’histoire qui s’écrit depuis 1977. Tout en gardant en tête que cette union doit permettre de mobiliser largement, de lutter contre l’abstention afin d’envoyer un nombre d’élu·es record au conseil municipal ! 

Mais comment en sommes-nous arrivé·es là ? 

D’aucuns peuvent avoir le sentiment que tout était ficelé d’avance et que produire profession de foi, tracts et formalités administratives en moins d’une journée était impossible. Et pourtant… Revenons sur les événements depuis la fermeture des bureaux de vote. 

Dimanche soir : acter des résultats serrés, prendre soin de la démocratie interne 

Derrière les écrans d’ordinateurs et de téléphones, les résultats remontent des 53 bureaux de vote poitevins. Rapidement, se dessinent des résultats serrés au premier tour ainsi que la perspective d’un second tour avec de nombreuses listes.

Côté Poitiers Collectif, la méthode est prête et s’enclenche à 21h : un temps de partage et d’échange avec les militant·es au local, des discussions informelles et en petits groupes pour partager ses ressentis, ses sentiments, ses émotions et in fine son positionnement sur les possibilités de fusion avec Poitiers en Commun d’une part et le Parti Socialiste d’autre part. Et finalement, une question : souhaitez-vous engager des discussions avec Poitiers en Commun (liste de Bertrand Geay) et/ou Poitiers Ambitieuse et Solidaire (liste de François Blanchard) en vue d’aboutir à une alliance de second tour ?

Quatre possibilités de vote : Défavorable, plutôt défavorable, plutôt favorable et favorable. 

À la très grande majorité, la centaine de militant·es présent·es donne mandat à un groupe “négociation” de 14 personnes pour discuter et “faire au mieux” pour aboutir à une alliance avec les deux composantes

Il est près de 23h et le groupe “négociation” se retire avec cette volonté d’aboutir à l’union la plus large possible depuis le Parti Socialiste jusqu’à Poitiers en Commun. Les contacts sont rapidement pris, des sous-groupes se construisent et des échanges bilatéraux démarrent. Nous vous passons les détails des nombreux allers-retours, tout comme nous n’osons pas calculer les centaines de grammes de sucreries en tous genres ingérées pendant la nuit pour lutter contre la fatigue. Toujours est-il, et c’est un premier point à retenir, qu’au cœur de la nuit, nous aurions pu aboutir à une alliance large allant de Poitiers en Commun au Parti Socialiste. Alors que ces alliances étaient possibles partout ailleurs, y compris dans de nombreux fiefs socialistes, les équipes de François Blanchard n’en ont pas voulu, pour ne pas apposer leur logo à ceux de Poitiers en Commun et ses composantes. 

Il est 4h30, les discussions avec la liste de François Blanchard sont donc rompues mais elles se poursuivent avec Poitiers en Commun encore 2 heures. Là encore, pour de multiples raisons, elles n’aboutissent pas. Et disons-le clairement ici : la politique, chez Poitiers Collectif en tout cas, c’est l’humain avant tout. C’est prendre soin les un·es et des autres et construire des cadres de confiance. Et ceux qui disent que 48 heures suffisent pour aboutir à des négociations ne comprennent pas ce que ça veut dire de changer une équipe qui travaille ensemble depuis plus de 18 mois. Ils et elles ne comprennent pas ce que ça veut dire que créer, dans l’urgence, des contextes favorables à l’intégration de personnes dans un collectif déjà construit et fort afin de travailler ensemble pendant les 6 prochaines années. 

À 7h nous rentrons chez nous, sur un constat d’échec et la peur au ventre. Allons-nous réellement prendre le risque de laisser un macronisme qui ne dit pas son nom prendre la Ville et mettre fin à 50 ans de gouvernance à Gauche ? 

Lundi : faire campagne, se remobiliser et tenter le dialogue, à nouveau

Il est 8h quand, sur Ici Poitou, Léonore Moncond’huy annonce l’échec des négociations entre toutes les forces de gauche. Certains s’en réjouissent, d’autres s’en inquiètent et nous commençons à recevoir des messages de toutes parts nous invitant à la responsabilité, à mettre de côté nos ego pour rassembler la gauche. 

Le petit groupe “négociation” se retrouve après quelques heures de sommeil en milieu de matinée. Là encore, nous partageons nos analyses et, chose rare en politique, nous laissons la place aux émotions pour qu’elles s’expriment. Entendons-nous bien : l’objectif ici n’était pas de prendre des décisions sous le coup de l’émotion mais de les laisser sortir afin de les mettre à distance et pouvoir prendre la meilleure décision pour la Ville. D’un commun accord, et toujours soudés, le groupe rappelle Poitiers en Commun en fin de matinée afin de continuer à avancer sur un compromis sur le nombre de places et les manières de travailler ensemble pour le prochain mandat. 

Un accord semble être possible et le groupe se retrouve avec trois scénarios possibles : 

  • L’union avec Poitiers en Commun
  • L’union avec le Parti Socialiste
  • Acter que l’union large n’est pas possible, ne pas choisir de camp et continuer seul

Les membres du groupe croisent leurs lectures et ne parviennent pas à trouver un consensus. Nous voulions l’union la plus large possible, elle n’est pas possible. Nous voulons préserver les cadres de travail horizontaux, de confiance mutuelle, de bienveillance et l’ADN citoyen construits patiemment depuis des années, certain·es craignent qu’ils ressortent fragilisés en cas d’union avec l’un ou l’autre des deux camps. Nous voulons garder la Ville à gauche, certains pensent possible d’y arriver seuls, d’autres ont la peur au ventre face au risque pris. Le groupe tente un dernier appel pour convaincre François Blanchard. Sans succès. 

Faute de consensus, le groupe décide d’acter l’aventure solitaire. Sans enthousiasme, sans conviction, avec beaucoup de craintes et d’appréhension. 

Il est 16h quand la liste est déposée en Préfecture.

Démarrent alors de longues heures de service après-vente : expliquer, raconter, justifier. Et c’est aussi à ça que nous constatons la force du collectif, la résilience des espaces communs construits au fil du temps. Si la décision interroge, inquiète, énerve, elle est acceptée majoritairement, plus ou moins facilement, et les équipes se remobilisent. Dès lundi soir une vingtaine de personnes sont déjà en porte-à-porte pour expliquer, raconter, justifier. Ce n’est pas facile. Des tempêtes d’émotions bousculent, mais Poitiers Collectif continue d’avancer soudé. Et les heures défilent. 

Mardi matin : nouveaux rebondissements, l’appel de la responsabilité. 

Il est 9h quand Léonore Moncond’huy, après avoir écouté, entendu, douté, propose au groupe de négociation de tenter un dernier appel à Poitiers en Commun : Poitiers Collectif a la pratique des paris réussis, même en solo, mais on ne pas jouer sur un pari l’histoire de gauche de Poitiers depuis 77, son avenir, et l’avenir des gens qui dépendent de nos politiques. Le groupe de négociation fait confiance, accepte la proposition. Il est 9h30 quand Léonore Moncond’huy appelle Bertrand Geay, qui accepte de se rencontrer à nouveau pour aboutir à un accord. 

En parallèle, du renfort arrive pour organiser tout ce qu’il faudra faire en un temps record si le rassemblement se confirme : 

  • Récupérer 28 signatures de candidat·es pour retirer la liste déposée la veille
  • Bloquer les impressions de bulletins et de professions de foi prévues la veille
  • Se mettre d’accord sur une nouvelle liste en fonction de nombre de places négociées 
  • Mettre en forme les nouveaux bulletins
  • Ecrire une nouvelle profession de foi
  • … Et que tout ça soit imprimé et livré avant 18h 
  • Faire remplir 53 nouveaux CERFA aux 53 candidat·es

Tout cela semble impossible. Et pourtant. 

Il est 10h quand la machine se met en marche. Nous avons fait notre choix, nous sommes déterminés : il nous faut être efficaces. 

En sous-groupes, les tâches se répartissent et c’est toute une fourmilière qui se met en mouvement. Rédaction, mise en page, formalités administratives, mais aussi discussions programmatiques, élaboration de la nouvelle liste, échanges sur le futur groupe de travail : tout se fait dans un temps record.

Personne n’y croit. Et pourtant. 

Nos échanges durant cette journée avec les nouveaux partenaires de Poitiers en Commun sont efficaces et déterminés. Nous sommes conscients qu’ils sont le point de départ d’un travail en confiance, ambitieux et cohérent pendant les six années à venir. Nous déjouons tous les pronostics et nous nous rendons à la Préfecture avec la nouvelle liste dans les temps. 

Si tout cela a été possible, c’est d’abord grâce à de la méthode, de l’organisation et des habitudes d’équipe.  
C’est aussi, surtout, grâce à une très forte envie de faire ensemble, de gagner ensemble pour la ville et continuer d’améliorer le quotidien de ses habitantes et ses habitants. 
C’est parce que, malgré quelques différences, nos programmes sont très proches et nous partageons de nombreuses valeurs. 
C’est enfin parce que nous actons d’emblée ce qui nous tient particulièrement à coeur : nous faisons de la politique pour et par Poitiers, pas pour servir de chambre d’écho à des débats nationaux. 

Retenons ceci : faire alliance, a fortiori dans l’urgence, se fait surtout par nécessité. Alors s’il devient nécessaire de se rassembler, faisons-le du mieux possible. En prenant soin les uns des autres, en garantissant des cadres collectifs de qualité. C’est ce à quoi nous nous sommes attaché·es ces 48 dernières heures. Faire vivre nos démocraties internes respectives  pour prendre soin de la démocratie commune, celle qui s’est exprimée dans les urnes dimanche 15 mars. 

Il est donc 17h15 quand nous arrivons à la Préfecture pour retirer la première liste et en déposer une nouvelle, d’union. Les papiers ont été remplis correctement. Nous recevons le récipessé confirmant le dépôt de la liste. Nous sommes dans les temps.

Nous sommes prêt·es à construire l’avenir, ensemble. 

C’est avec détermination que nous entamons la dernière phase de notre campagne aux côtés de nos partenaires de Poitiers en Commun, avec qui nous sommes heureux/ses de partager ces prochains jours. Et même ces 6 prochaines années pour continuer de transformer Poitiers.