Jeunesse de Poitiers, la ville doit être au rendez-vous

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Jeunesse de Poitiers, la ville doit être au rendez-vous

Depuis fin septembre, les lycéen·nes de Poitiers sont dans la rue. Leurs revendications parlent de moyens, de bâtiments, d’écoute. La ville n’a pas la main sur les lycées, mais elle tient une bonne part de ce qui fait une jeunesse, de la crèche aux terrains de sport en passant par les salles de concert. Au moment où la majorité freine ses investissements, nous pensons qu’il faut faire l’inverse.

Une jeunesse qui prend la parole

Localement, tout a commencé par des blocus, fin septembre, dans plusieurs établissements de la Vienne. Les premiers jours ont été tendus, et quelques débordements ont servi de prétexte pour disqualifier l’ensemble du mouvement. Puis la mobilisation a pris de l’ampleur. Le 6 octobre, le mouvement lycée s’est organisé, rejoint par des étudiant·es, des parents, des enseignant·es. La mobilisation a compté environ 5 000 manifestant·es dans les rues ce jour-là, près de 400 000 dans toute la France.

Ce jour-là, les prises de parole ont donné à voir une partie du quotidien des lycéens à Poitiers, en écho à ce que vit toute une génération partout en France. Au Bois d’Amour et à Nelson Mandela, les lycées sont décrit comme des passoires énergétiques, les bâtiments sont délabrés et présentent même des moisissures ; les classes doivent accueillir jusqu’à 41 élèves. À Aliénor-d’Aquitaine, une infirmière présente deux matinées par semaine. À Camille-Guérin, des fenêtres cassées et des salles glaciales l’hiver, étouffantes l’été. Partout, des professeur·es absent·es non remplacé·es et des surveillant·es en nombre insuffisant. Les étudiant·es en STAPS ont rappelé de leur côté qu’ils et elles sont 120 en troisième année de licence, pour seulement 25 places l’an prochain dans la filière qui forme les futur·es professeur·es de sport.

Une lycéenne l’a résumé en une phrase : « Nous voulons participer aux décisions car nous sommes concernés. » Ce que la jeunesse réclame, au fond, c’est d’être prise au sérieux.

Le gouvernement a ouvert une consultation en ligne jusqu’au 23 octobre. Localement, le Recteur assure que ce n’est pas un problème de moyens tout en reconnaissant « une incapacité à répondre à une multitude de problèmes ». Les élèves qui étudient dans des locaux insalubres ont une autre lecture. Le mouvement continue, avec une nouvelle journée de mobilisation prévue le mardi 13 octobre.

Ce que la ville peut faire, et ce qu’elle défait

Les murs des lycées relèvent de la Région, les postes d’enseignant·es de l’État. Mais le parcours d’un·e jeune Poitevin·e passe par bien d’autres portes, et beaucoup appartiennent à la ville ou à la communauté urbaine. La crèche, l’école maternelle et élémentaire, le centre d’animation du quartier, le conservatoire, le gymnase, la médiathèque. C’est là qu’une commune prépare, des années à l’avance, les conditions dans lesquelles ses enfants grandiront.

C’est aussi là que la nouvelle majorité recule. Au conseil municipal du 28 septembre, elle a fait voter une baisse de plus de deux millions d’euros d’investissements, et plusieurs projets engagés lors du précédent mandat ont été mis en pause.

  • La crèche des Montgorges. Vingt-quatre berceaux, une salle conviviale et une résidence seniors de trente logements devaient ouvrir en 2028. Le projet est suspendu, et la Ville ne se prononcera pas avant 2027. Pour le justifier, l’adjointe à la petite enfance a invoqué le manque de visibilité de la Caf sur ses financements. La Caf a répondu par communiqué qu’elle avait au contraire présenté à la Ville des possibilités très favorables de financement pour tous les projets décidés avant fin 2027, et qu’elle prenait acte de la décision de ne pas donner suite.
  • Le groupe scolaire Pagnol-Pérochon. Plus de dix millions d’euros sur les treize prévus pour sa réhabilitation sont renvoyés à 2029-2030. Le maire parle de « financement décalé ». Les élèves, eux, continueront plusieurs années dans des locaux qui attendent d’être rénovés.
  • La quatrième école des Couronneries. Le projet a disparu de la programmation pluriannuelle des investissements, dans l’attente d’une nouvelle étude sur les effectifs du quartier.
  • Le pôle d’animation culturel des Couronneries. Ce projet d’environ 18 millions d’euros devait réunir en 2028 le centre d’animation, le restaurant d’insertion L’Éveil et une antenne du Conservatoire, aujourd’hui hébergée dans l’école Pagnol. Il est gelé. La majorité invoque la pollution du sol et le confort d’été du bâtiment.

Si sur ce dernier point, nous partageons le constat, il ne faut pas se tromper d’indicateur. Oui, les bâtiments publics doivent être pensés pour des étés à 40 °C, et nous l’avons défendu tout au long du précédent mandat. Mais remettre en cause un projet sur la base de conditions extrêmes sans évaluer le risque et les impacts négatifs d’un gel ou d’une annulation relève juste de l’excuse. Adapter un projet suppose de le retravailler vite, avec un calendrier connu de tous. Le geler sans échéance revient à laisser tout un quartier sans l’équipement qu’il attend.

Il faut reconnaître les avancées quand elles existent. Cinq écoles recevront une pièce réfrigérée et une dizaine de classes des brasseurs d’air avant le printemps. C’est un premier pas, encore loin du compte face à l’état de notre patrimoine scolaire.

Enfin, les associations sportives et culturelles, qui accueillent chaque semaine des milliers de jeunes, subissent des baisses de subventions. Au même moment, Grand Poitiers, présidée par Anthony Brottier, lèvera près de 17 millions d’euros d’impôts supplémentaires. Nous attendons toujours de savoir quels projets ils financeront.

Investir pour sa jeunesse, nos propositions

La majorité affirme qu’une collectivité ne peut pas multiplier les engagements sans regarder ses capacités financières. La vraie question porte sur les priorités, et pour nous la jeunesse doit passer en premier. Voici ce qui nous semble essentiel :

  • Tenir le calendrier des écoles. Assurer la rénovation du groupe scolaire Pagnol-Pérochon dans la première partie de mandat, réinscrire la quatrième école des Couronneries à la programmation des investissements, et engager un plan d’adaptation à la chaleur pour toutes les écoles.
  • Renforcer le service public de petite enfance avec la crèche des Montgorges. Le partenariat avec la Caf doit permettre de  maintenir la création d’une crèche à Poitiers Ouest. Il faut également soutenir les professionnel.les des crèches municipales, dont les conditions de travail conditionnent la qualité de l’accueil.
  • Partager publiquement le calendrier du Pôle d’Animation Culturel des Couronneries. Le projet est attendu et  une date de reprise des études et travaux doit permettre aux habitant·es, au conseil citoyen et aux structures qui l’attendent, de se projeter dans leur quartier.
  • Protéger le sport et la culture pour les jeunes. Préserver les moyens des clubs et des associations qui accueillent des enfants et des adolescent·es, et garantir des tarifs accessibles à toutes les familles.
  • Écouter, vraiment. Avec Poitiers en Commun, nous avons demandé au maire d’ouvrir un espace de dialogue avec les lycéen·nes, les parents d’élèves, les syndicats et les services de l’État. Au-delà de la crise, nous proposons que les jeunes disposent d’une instance qui pèse réellement sur les décisions municipales qui les concernent.

La jeunesse de Poitiers a pris la parole. À la ville de lui répondre par des actes, et sans attendre 2029.