L’accès aux mobilités, et notamment les transports en commun, est un sujet essentiel du quotidien. Chacun, chacune mérite de disposer d’une offre de déplacements qui ouvre sur tous les quartiers et services de la ville. A l’occasion des élections municipales, ce sujet revient en force dans le débat public. Quitte à faire parfois l’objet d’approximations, voire des contre-vérités.
Nous vous proposons un retour sur le contexte des transports en commun sur Grand Poitiers, le développement récent et les perspectives pour le réseau Vitalis, piloté par la Régie des Transports Poitevins.
Notre priorité sur ces 5 dernières années : améliorer l’accès aux transports et développer de nouvelles lignes
Depuis 5 ans, et comme proposé dans le programme de Poitiers Collectif en 2020, l’action de Grand Poitiers s’est concentrée sur l’amélioration de l’offre afin de mieux répondre aux besoins des habitantes et habitants, et donc de rendre le réseau plus attractif. Cette amélioration de l’offre s’est concrétisée de multiples façons :
- Renforcement presque tous les ans des fréquences sur les lignes structurantes (1,2 et 3) : les lignes 2A/2B sont désormais à 8min de fréquence !
- Amélioration des dessertes des zones d’activités et vers le CHU
- Renfort d’offre sur les communes de la première couronne de Poitiers
- Désenclavement de certaines zones (Bellejouanne et extension de ligne 27)
- Créations de lignes interurbaines en 2022 (33 Chauvigny, 36 Lusignan, 35 Dissay puis Beaumont Saint Cyr) puis en 2025 (32 (Bignoux)
- Renfort des horaires d’été en heure de pointes pour répondre aux besoins des salariés)
- Renfort des lignes du dimanche
L’offre des lignes régulières est ainsi passée de 5,08 millions de km en 2019 à 6,017 millions de km en 2024, soit près de 18,5% d’offres de service supplémentaires en 5 ans !
Rendre la mobilité plus solidaire
En parallèle de cette augmentation de l’offre, un travail a aussi été mené pour une tarification des transports plus juste.
Le gros progrès en la matière concerne la tarification réduite liée aux revenus. Elle a été élargie avec une tranche de quotient familial supplémentaire pour les abonnements : aujourd’hui, plus de 85% des abonnés paient un tarif réduit !
Nous sommes parfois questionnés sur la légère hausse des titres à l’unité, notamment ceux achetés à bord du bus (2€ l’unité). Il s’agit d’un prix volontairement prohibitif pour inciter les voyageurs à ne pas prendre leur titre dans le bus et éviter de ralentir le trajet. Pour rappel, un titre 1 voyage coûte 1.5€ en rechargement sur carte ou ticket, ou via ticket SMS ou ticket sur l’application Vitalis, et même 1,2€ par trajet en achetant les voyages par 10.
La logique adoptée par Grand Poitiers a été d’allier écologie et justice sociale : être très attractifs sur le prix des abonnements pour inciter les habitantes et habitants à utiliser les bus très régulièrement et ce pour un prix accessible à toutes et tous, notamment ceux qui ont moins de moyens.
Ces mesures prises sur l’amélioration de l’offre et les abonnements attractifs portent leurs fruits : après un passage à vide en pendant la crise COVID, la fréquentation est redevenue quasi normale en 2022, puis a connu une très forte augmentation : +5,8% entre 2022 et 2023, +10,8% entre 2023 et 2024.
Et les chiffres provisoires de 2025 montrent que la fréquentation est toujours en augmentation.
Demain : poursuivre nos efforts sur le service, renforcer l’offre de bus et favoriser l’intermodalité
Le programme Poitiers Collectif de 2026 propose de maintenir le cap : l’amélioration de l’offre reste la pierre angulaire du programme car c’est l’enjeu réel pour attirer encore plus d’usagères et d’usagers sur le réseau. Cette amélioration de l’offre devra s’appuyer sur une restructuration du réseau et sur la création d’un second dépôt de bus pour Vitalis, mais aussi certainement sur la « montée en gamme » de certaines lignes structurantes avec des solutions techniques qui restent à affiner (bus à haut niveau de service, tram bus,…).
Concrètement, Poitiers Collectif en matière de transports en commun défend les propositions suivantes :
- Renforcement des fréquences des bus sur l’ensemble du réseau
- Amélioration de l’offre sur l’axe Poitiers Futuroscope et l’entrée sud est autour de Mignaloux Beauvoir et du CHU/li>
- Renfort des dessertes les dimanches, jours fériés, vacances et soirées
- Études d’itinéraires permettant d’éviter les correspondances en centre ville
- Évolution de la navette de centre ville
- Simplification des démarches pour acquérir un abonnement
- Facilitation de l’intermodalité (utilisation de plusieurs mode de transports), notamment en faisant évoluer les parking relais
Et la gratuité dans tout ça ?
Il est proposé de pérenniser la gratuité du samedi mise en place en 2024, et de l’étendre sur tout le week-end !
Cela paraît être la meilleure option pour le territoire de Grand Poitiers plutôt qu’une gratuité totale du bus. En effet, pour répondre aux besoins de choc d’offre nécessaire, des investissements conséquents (notamment pour la création du second dépôt) et des coûts de fonctionnement supplémentaires sont indispensables. À l’heure actuelle (chiffres 2024), les recettes totales représentent environ 19% des dépenses de fonctionnement, et les recettes usagers près de 5,69 M€ par an : il parait donc extrêmement compliqué de se passer de cette ressource financière.
La gratuité totale sur le réseau Vitalis de Grand Poitiers peut paraître une solution séduisante, mais quand on s’intéresse un tant soit peu au sujet, la gratuité totale apparaît clairement comme une très probable fausse bonne idée :
Tout d’abord, le prix n’est pas le principal frein à l’usage des transports en commun : le bus étant déjà moins coûteux qu’utiliser sa voiture de manière individuelle. Si le prix était le facteur principal de décision, il ne serait pas nécessaire d’envisager la gratuité pour attirer les automobilistes
la gratuité totale est très certainement plus facile à mettre en œuvre sur les réseaux qui n’arrivent pas à remplir leur bus : or sur Grand Poitiers, de très nombreuses lignes sont déjà saturées aux heures de pointe. Attirer des usagères et usagers supplémentaires à ces horaires nécessitera forcément de l’offre supplémentaire qu’il sera très compliqué de mettre en œuvre en se privant des recettes. Et si au final les bus sont si pleins aux heures de pointe qu’il devient impossible de monter dedans, la confiance dans le réseau sera durablement écornée et les habitantes et habitants s’en détourneront
Les études montrent que la gratuité amène des usagères et usagers dans les bus, mais elles montrent aussi que le report modal (qui est le principal objectif environnemental visé par une politique publique de transport en commune) est beaucoup plus discutable, car les neo-passagères et passagers sont très souvent des piétons et des cyclistes, et non pas forcément des automobilistes.
Par ailleurs, ce n’est pas véritablement une mesure de justice sociale : en effet, vu la tarification dite « solidaire » (ou liée aux revenus) très poussée sur Grand Poitiers, la gratuité totale serait un plus « gros cadeau » fait à ceux qui ont les moyens.
Si la Régie des Transports Poitevins se prive des recettes de la billetterie, il sera impossible de la compenser par d’autres ressources : le versement mobilité (taxe payée par les entreprises publiques et privées de plus de 11 salariés) est déjà au taux maximum sur notre territoire et le budget principal de Grand Poitiers n’a pas les moyens de compenser une telle perte de recette.
Les réglementations européennes vont d’ici moins de 10 ans imposer aux réseaux de ne plus acquérir des bus fonctionnant au gaz (comme Vitalis dont les bus fonctionne au BioGNV (bioGNV : Gaz Naturel Véhicule d’origine renouvelable)) mais uniquement des bus sans moteurs thermiques (donc électriques sur batterie ou à hydrogène) qui coûtent deux à trois fois plus chers à l’investissement que les bus BioGNV.
Tous ces éléments, corroborés par le récent rapport de la Cour des Comptes sur la gratuité des transports, montrent que la gratuité totale sur le réseau de Grand Poitiers n’est sans doute pas la solution la plus adaptée pour réellement faciliter l’accès aux transports en commun à toutes et tous.
C’est la raison pour laquelle le programme de Poitiers Collectif 2026 privilégie de continuer à améliorer l’offre pour mieux répondre aux besoins, dans la continuité des très bons résultats obtenus en la matière ces 5 dernières années, tout en continuant à développer en parallèle les mobilités actives (marche et vélo), les mobilités partagées (covoiturage, auto partage), ainsi que les mobilités solidaires et inclusives (pour les personnes empêchées dans leur mobilité pour des raisons économiques, sociales ou de handicap).
Et c’est bien en développant ces multiples solutions de mobilité que chaque habitant et chaque habitante pourra faire le choix d’un déplacement pratique et adapté à ses besoins, alternatif à la voiture individuelle.